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« Angazi, mais j’en suis sûr »

« Angazi, mais j’en suis sûr » est une expression couramment utilisée en Afrique du Sud qui signifie : « Je ne sais pas, mais j’en suis sûr ». C’est une phrase qui se contredit elle-même intentionnellement ; elle sert de prélude à une réponse – souvent, lorsqu’on se voit demander son chemin ou des informations quelconques. « Angazi, mais je suis sûr que si vous tournez à gauche, vous y serez » ; « Angazi, je suis sûr qu’ils vont commencer à 21 heures ». La personne qui répond est incertaine de ce qu’elle « sait ». Ou, peut-être qu’elle en est sûre, mais qu’elle ne sait pas comment l’exprimer ; ou elle le sait, mais ne sait pas qu’elle le sait. Partager des connaissances de cette manière nécessite une confiance mutuelle – il s’agit de spéculation, dans tous les sens du mot.

« Angazi, mais j’en suis sûr » constitue une démarcation entre notre identité linguistique et le monde, entre la connaissance et notre capacité à l’exprimer ou à la situer – la connaissance qui est élevée en tant que produit fini. La phrase suggère que l’arrivée porte tout autant sur le déplacement que sur le lieu. De manière plus immédiate, elle affirme une expérience vécue, une improvisation et une imagination en tant que formes de connaissance par elles-mêmes. Elle en appelle au savoir par la recherche et à une transformation et à un renouvellement constants de notre image du monde. Enfin il s’agit d’une forme de communion : « Je sais que vous allez trouver le chemin ».

Comment apprenons-nous à savoir ce que nous savons ? Comment arrivons-nous à tirer des connaissances de pratiques disparates mais parfois croisées par lesquelles nous arrivons à donner un style à notre conduite et à notre vécu au quotidien sur le continent ? Comment pouvons-nous exploiter la créativité, la résilience génératrice et l’agilité qui nous permettent de vivre ?

Ceci nécessite non seulement un nouveau lot de questions, mais un lot d’outils adaptés ; de nouvelles pratiques et des méthodologies qui nous rapprochent des lignes de l’envol, de la fragilité, de la précarité, ainsi que de la joie, de la créativité et de la beauté qui définissent le moment africain contemporain.

Chimurenga considère depuis longtemps le chebeen (débit d’alcool clandestin) comme une école de musique. Peut-on s’inspirer d’une méthode d’improvisation pédagogique de la musique noire, où l’apprentissage se réduit à la performance et où les enseignants et les apprenants partagent la scène ? Comment nous ouvrir au savoir, non pas comme information mais comme méthodologie –une manière d’apprendre qui exprime nos conditions de vie, l’essence même de notre existence ? Peut-on considérer de manière sérieuse la nourriture comme connaissance, la musique comme recherche et le panafricanisme comme pratique ? Et si les cartes étaient confectionnées par les Africains pour leurs propres besoins, pour comprendre et rendre visible leur propre réalité et leur propre imaginaire ? À quoi ressembleraient les programmes d’enseignement s’ils étaient conçus par ceux qui ont abandonné l’école - afin de pouvoir respirer ?

Voilà certaines des interrogations sur lesquelles va se pencher cette session, au travers des formes et des médias que nous utilisons – tels que la cartographie, la bande dessinée, la création de bibliothèques, la musique, la nourriture, la diffusion et la publication, et tout cela en collaboration avec Yemisi AribisalaNeo MuyangaJean-Pierre BekoloIbou FallDominique MalaquaisJihan el TahriKodwo EshunClapperton MavhungaPhilippe RekacewiczFelwine SarrLionel Manga, Victor Gama, Laila Soliman

Photo: Sans titre ©Funsho Ogundipe, courtesy of Chimurenga