Lionel Manga

Nanti d’un Bac C en Juin 1973, Lionel Manga arrive en France avec le premier choc pétrolier, doublé de la crise chilienne. S’inscrit en UER Analyse économique et gestion des entreprises (Paris 1-Tolbiac). Féru de rock et de jazz-rock, avec Fela Ramsone Kuti et Manu Dibango en toile de fond, il fréquente un milieu d’extrême-gauche, plonge dans la bibliothèque des penseurs majeurs comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, Kostas Axelos, Herbert Marcuse & Co qui instruisent les mécanismes de la domination capitaliste et de l’aliénation. Auto-éjection de l’Université en 1976. Un habile traquenard monté par le RP Engelberg Mveng et ses parents le ramène au Cameroun le 18 février 1978. Passeport confisqué en lieu et place d’une explication.

L’électron libre s’immerge alors tant bien que mal dans ce Cameroun battant pavillon Ahmadou Ahidjo et parti unique. La nuit blanche sera longtemps un refuge. Les livres et la revue de haut vol Science deviennent son bunker dans un contexte d’abrutissement généralisé. Il est de la première sortie des Têtes Brûlées en 1988, ayant fait découvrir Jimi Hendrix au regretté Zanzibar. De 1992 à 1996, il tient trois fois par semaine à 7h45mn, une chronique très suivie sur les enjeux de l’écologie, Klorofil, en tant que Petit Homme Vert. La voix matinale et suave de la FM 94 se fait visage durant la saison African Logik. On lui doit les premiers concerts de rap/hip-hop dans ce lieu mythique de Yaoundé et une commémoration mémorable de Bob Marley en 1997, diffusée en direct.

En 2004, il se pose à Douala, la ville de son enfance et de son adolescence. Juste à temps pour écrire le texte-manifeste du programme Ars & Urbis initié par le centre d’art contemporain doual’art. Lors de la première édition du S.U.D en 2007, il conduit le projet Bend-Skin avec l’artiste Philippe Mouillon basé à Grenoble. Parution en 2008 de L’Ivresse du papillon, le seul livre à ce jour traitant de la scène camerounaise des arts plastiques. Jean Charles Tall qu’il a rencontré en Janvier 2005 à Douala, lors du premier colloque Ars & Urbis, l’invite au Festival du Monde Noir en 2010 à Dakar, pour prendre part au colloque Architecture dont cet inclassable Altriciel fera la restitution. Passé par Rennes en Janvier 2009 au centre d’art contemporain La Criée, son aisance impressionne fortement Larys Frogier, alors directeur. En Février 2011, il séjourne à Karachi en compagnie de Dominique Malaquais, pour une résidence chez le plasticien Amin Gulgee, sous égide SPARK. Son article sur les bassistes camerounais paru dans Chimurenga lui vaudra de participer à l’ouvrage I’m not your week-end special consacré à Brenda Fassie. Il a aussi tenu longtemps une chronique hebdomadaire dans Le Messager, avant la disparition tragique de Pius Njawé.