CORPUS CALLOSUM

Sous la direction de Tracey Rose

Nous sommes naturellement ambidextres, capables d’utiliser aussi bien la main gauche que la main droite, et pourtant la plupart d’entre nous privilégions la droite pour les choses sérieuses. Nous avons intériorisé la métaphore des systèmes binaires conflictuels créée par l’opposition gauche/droite. Cette métaphore se prolonge dans la politique et même dans la façon dont nous sommes socialisés pour accepter que la droite, et ce qui est droit, constituent, et sont (le) bien. Cette binarité se retrouve dans la politique et les conflits raciaux : démocrates contre républicains, Blancs contre Noirs. Droit est devenu synonyme de normal, correct, juste, bon, de même que blanc en est venu à signifier ce qui est propre, pur, innocent. Le contraire passe aussi pour vrai ; gauche et noir sont chargés de valeurs négatives.

Cette imposition métaphorique prend forme dans les structures capitalistes du temps qui sont des constrictions et des constructions créées par l’homme pour le travail, et ne correspondent pas à nos besoins biologiques et spirituels. Le célèbre photographe sud-africain Santu Mofokeng a dit un jour qu’au contraire, le temps africain était très indulgent, ce qui signifie qu’il est fondamentalement en conflit avec les idéaux capitalistes du contrôle chronologique.

Nous nous intéressons au Corpus Callosum, l’espace situé entre les hémisphères gauche et droit du cerveau qui constitue une zone grise, un lieu de communication et de jeu par-delà l’imposition de la division binaire. L’exploration du Corpus Callosum nous permet de nous demander ce qui se passerait si la domination de la droite pouvait être redressée et rééquilibrée par une main gauche renforcée, et comment cela pourrait se traduire dans les pratiques artistiques et curatoriales.  

Telles sont quelques unes des questions que nous allons poser en collaboration avec les enseignants invités, tous reliés par un large ensemble de problématiques concernant le corps politique, le genre, la nature formelle des outils de documentation, la colonialité et la politique raciale, la performance et l’esprit. La faculté sera constituée par le commissaire Christian Haye et les artistes Sara Mikolai, Chritopher Wessels et Zen Marie entre autres.

À propos de Tracey Rose

Tracey Rose (née en 1974) est une figure internationalement reconnue de l’art contemporain post-Apartheid qui travaille dans les champs de la vidéo et de la performance. Elle est diplômée de l’University of Witwatersrand et a obtenu son MFA au Goldsmiths College (University of London). Le travail de Rose a fait l’objet d’expositions individuelles dans le monde entier et a été présenté dans de grandes expositions internationales comme la Biennale de Venise (2001), la Biennale de São Paulo (2016), documenta 14 (2017) et Performa (2017). Tracey Rose: Waiting for God, la première grande rétrospective de l’artiste, s’est tenue à la Johannesburg Art Gallery en 2011. Elle vit et travaille à Durban, en Afrique du Sud.